
Autour de la circoncision
Fatâwâ

Pourcentage d’hommes circoncis par pays
Bien que controversée dans certaines parties du globe, la circoncision concerne aujourd’hui environ 30% de la population masculine mondiale. Les raisons du succès de cet acte chirurgical ont diverses origines. En l’absence de motifs religieux, le recours à la circoncision reste courant, notamment aux Etats-Unis et dans certains pays d’Afrique Noire. Est-ce un effet de mode ou le résultat d’une prise de conscience bien réfléchie ? Quoi qu’il en soit, s’intéresser à la circoncision permet de déterminer son statut au sein des différentes communautés qui la pratiquent et son utilité d’un point de vue prophylactique.
Qu’est-ce que la circoncision ?
La circoncision consiste en l’ablation totale ou partielle du prépuce. Cette coutume ancestrale était réalisée par les prêtres égyptiens il y a plus de 4 000 ans et les peuples animistes d’Afrique Occidentale il y a plus de 5 000 ans.
|
Le prépuce est un repli de peau mobile qui entoure le gland (extrémité du sexe masculin). Ce fourreau est attaché à la verge sur sa partie inférieure. Il peut coulisser grâce à un anneau extensible situé à son extrémité. Le prépuce se compose d’une double membrane composée de peau à l’extérieur et d’une muqueuse à l’intérieur. Sa membrane interne est très solide, puisqu’elle résiste parfaitement aux frictions provoquées par le décalottage. |
Les Juifs ont adopté cette pratique, qui selon eux marque l’alliance du peuple juif avec Dieu depuis Abraham. Cette alliance serait la promesse faite par Dieu à Noé après le déluge que cet événement ne se reproduirait pas.
La circoncision a connu une étonnante popularité en Amérique du Nord et dans les pays scandinaves au cours du siècle dernier. Elle était pratiquée chez les garçons qui naissaient dans les hôpitaux pour diverses raisons. Il était admis que l’ablation du prépuce pouvait empêcher la masturbation, que l’hygiène s’en trouvait facilitée, que les complications médicales à l’âge adulte étaient réduites et qu’elle protégeait contre les maladies sexuellement transmissibles (MST). Aujourd’hui, la circoncision reste très courante aux Etats-Unis.
En France, la circoncision est uniquement effectuée pour des raisons médicales quand le prépuce peut gêner la miction ou dans le cas d’une infection au niveau du gland (la balanite). Le plus souvent, c’est à cause d’un phimosis que l’enfant est opéré. L’orifice du prépuce est rétréci et il est alors difficile de décalotter le gland. Cette pathologie peut être traitée à l’aide de crèmes pour détendre la peau, mais l’opération est parfois inévitable. Lorsque le geste est purement médical, il s’agit alors de posthectomie.
L’avis de l’Islam
L’ablation du prépuce ( الخِتَان : al-khitân) – ou plus communément appelé الطَّهَارَة : at-tahâra –, est en fait un acte qui relève d’une hygiène élémentaire. Elle empêche en effet une accumulation de smegma et d’urine entre le prépuce et le gland, réduisant ainsi les risques d’infections.
Aboû Hourayra
rapporte ces paroles du Prophète
: « La fitra (nature primordiale) comporte cinq éléments – ou selon une variante : il y a cinq choses conformes aux exigences de la fitra - : la circoncision, le fait de se raser le pubis, de se couper les ongles, de s’épiler les aisselles et de se tailler la moustache. » [Authentifié par Al-Boukhârî et Mouslim.]
Le Coran ne mentionne pas explicitement la circoncision, mais ce verset attire l’attention : « Puis Nous t’avons révélé : “Suis la religion d’Abraham qui était voué exclusivement à Allâh et n’était point du nombre des polythéistes.” », s.16 An-Nahl (Les Abeilles), v.123.
Le Prophète
l’a explicité en ces termes : « Abraham se circoncit à l’âge de quatre-vingts ans en utilisant une herminette (qadoûm). » [Authentifié par Al-Boukhârî.]
Al-Hafidh Ibnou Hajar commenta ce hadîth : « […] Ce fut très douloureux. Puis Allâh lui révéla : “Tu t’es précipité à agir avant même que Nous t’indiquions quel outil utiliser.” Il [Ibrâhîm] répondit : “Ô Seigneur, je ne voulais pas tarder à T’obéir.” »
La circoncision est donc un acte naturel qui s’intègre complètement dans la religion du prophète Ibrâhîm
.
Son statut fait cependant divergence parmi les savants musulmans. Plusieurs d’entre eux la considèrent comme étant une obligation, tandis que d’autres voient en cet acte une forte recommandation. Aboû ‘Abdillâh a déclaré : « Ibnou ‘Abbâs était très strict à ce sujet et il est rapporté qu’il affirma que ni le pèlerinage ni la çalât de l’incirconcis ne seraient acceptés. »
Al-Hassan Al-Baçrî, quant à lui, fit preuve de plus d’indulgence : « Si une personne embrasse l’Islam, il n’est pas nécessaire qu’elle soit circoncise. Des Blancs et des Noirs ont adopté l’Islam ; aucun d’entre eux ne fut contrôlé ou forcé à se faire circoncire. »
En fait, la circoncision peut être considérée comme obligatoire pour chaque musulman tant qu’aucune contre-indication médicale ne s’y oppose. Toutefois, elle ne constitue pas une condition pour être ou devenir musulman. Un non musulman peut se convertir à l’Islam sans passer par cet acte chirurgical. Après sa conversion, le fidèle doit renforcer sa foi en s’adonnant à la çalât et aux autres prescriptions religieuses. Il est également fortement encouragé à développer ses connaissances sur l’Islam en lisant le Coran et en suivant une formation ciblée. Cela dit, le converti non circoncis est encouragé à se faire circoncire dès qu’il s’en sent capable. Dans le cas contraire, il devra veiller à bien se purifier en nettoyant soigneusement la partie interne du prépuce.
Quand pratiquer la circoncision ?
À l’époque du Prophète
, la circoncision des petits garçons était réalisée au moment de leur ‘aqîqa (fête traditionnelle célébrée à l’occasion de la naissance d’un enfant), comme le rapporte Al-Bayhaqî. D’autres ahâdîth indiquent que l’ablation du prépuce peut être effectuée plus tard, mais il est évident que cette opération bénigne s’effectue plus facilement sur un bébé que sur un garçon plus âgé. Si c’est essentiel, la circoncision peut être retardée pour des raisons pratiques, mais il serait tout de même judicieux de procéder à cette opération avant la puberté pour faciliter la purification du jeune enfant.
‘Abdoullâh Ibnou Jâbir
et ‘Â’icha
ont rapporté : « Le Prophète
célébra la ‘aqîqa d’Al-Hassan et d’Al-Houssayn et procéda à leur circoncision au septième jour. » [Rapporté par Al-Bayhaqî et At-Tabarânî.]
Dans son Majmoû’, l’imâm An-Nawawî va dans le sens du récit des deux Compagnons : « Il est recommandé de procéder à la circoncision au septième jour de vie – le jour de la ‘aqîqa. »
Cependant, le moment idéal pour procéder à la circoncision ne fait pas l’unanimité entre les juristes. Certains affirment qu’elle doit être effectuée à la naissance et recommandent d’éviter le septième jour pour se différencier de la coutume juive. Cette opinion est celle de l'imâm Mâlik, d'Ahmad Ibnou Hanbal, d'An-Nawawî, de Hassan Al-Basrî, d'Al-Layth Ibnou Sa‘d et d’autres.
D’autres savants pensent que le petit garçon peut être circoncis à un mois ou un an. Ahmad Ibnou Hanbal admet même que l’enfant atteigne l’âge de cinq ans, mais déconseille d’attendre davantage.
La circoncision : un acte préventif
De nombreux médecins et scientifiques vantent les mérites de la circoncision. La muqueuse interne du prépuce est naturellement lubrifiée par le smegma, substance sécrétée par les glandes sébacées. Si cette surface n’est pas régulièrement nettoyée, les sécrétions de smegma peuvent s’accumuler, se combiner avec des cellules de peau morte et ouvrir la porte aux infections. Plusieurs études confirment que l’ablation du prépuce prévient un grand nombre d’affections locales :
1 – L’infection du pénis (balanite) : celle-ci peut résulter d’une accumulation excessive de smegma et causer un phimosis. Ce resserrement peut être la cause d’une rétention d’urine ou de développement d’infections au niveau du gland. Dans certains cas chroniques de balanite, l’enfant peut être exposé à de nombreuses maladies, la plus sévère étant le cancer du pénis.
2 – Le cancer du pénis : les études s’accordent à dire que le cancer du pénis est quasi inexistant parmi les hommes circoncis. Aux Etats-Unis, où la plupart des hommes sont circoncis, le nombre de cancers varie entre 750 et 1 000 par an. Ce nombre atteindrait 3 000 si la circoncision n’était pas aussi courante. Dans les pays où les garçons ne sont généralement pas circoncis (Chine, Ouganda et Porto Rico), le cancer pénien représente 12 à 22% des cancers masculins.
3 – L’infection de l’urètre : maintes études ont prouvé que les garçons non circoncis étaient plus exposés (entre 10 et 39 fois plus) aux infections de l’urètre. D’autres études confirment que 95% des enfants touchés par les infections de l’urètre n’étaient pas circoncis, alors que le pourcentage de garçons circoncis touchés par cette affection n’excédait pas 5%.
Chez les enfants, l’infection de l’urètre peut avoir de graves conséquences. Dans une étude menée par Wisewell sur 88 enfants malades, le sang de 36% d’entre eux contenait la même bactérie, trois d’entre eux ont contracté une méningite et deux ont souffert de défaillance rénale, tandis que deux autres sont morts suite à la propagation des micro-organismes à travers leur corps.
4 – Les maladies sexuellement transmissibles se propagent plus dans les populations non circoncises par fornication ou homosexualité. Les maladies vénériennes les plus concernées sont l’herpès, la syphilis, la candidose, la blennorragie et les verrues génitales.
En outre, de nombreuses études contemporaines ont montré que la circoncision réduisait les risques de contracter le VIH. L’espace sous-préputial est en effet extrêmement riche en cellules dendritiques. Celles-ci logent les récepteurs nécessaires à la pénétration du virus du sida. Cela dit, l’ablation du prépuce ne protège pas contre les MST, elle ne fait que diminuer les risques d’infection.
5 – Le cancer du col de l’utérus (cancer cervical) : plusieurs études ont confirmé que les épouses d’hommes circoncis présentent moins de risques de souffrir de cette affection.
Aujourd’hui, la circoncision est une intervention bénigne qui s’effectue en quelques minutes. Encore pratiquée sans anesthésie pour certains, l’ablation du prépuce s’effectue néanmoins de plus en plus en milieu hospitalier soit sous anesthésie locale (chez l’adulte), soit sous endormissement complet (chez l’enfant) associé à une injection d’analgésiques locaux pour éradiquer la douleur.
Malgré les controverses qui opposent les partisans de la circoncision et ses détracteurs, l’ablation du prépuce reste le meilleur moyen d’entretenir une hygiène irréprochable du sexe masculin, surtout pour le musulman soucieux d’appliquer au mieux les prescriptions divines.



